La rhétorique

La rhétorique latine d’après Cicéron ­

 

­ A Athènes puis à Rome, l’éloquence, le fait de savoir bien parler est un art et une nécessité dans la vie sociale et politique. ­ La rhétorique est l’art de persuader par la parole. Des spécialistes, les rhéteurs, vont ouvrir des écoles pour former les orateurs, d’abord en Grèce et en Asie Mineure, ensuite à Rome.

I. La persuasion

1)­ Les trois buts

­ Cicéron distingue trois buts pour l’orateur :

1. Docere : l’orateur instruit les juges, il les informe des éléments du dossier et argumente ;

2. Delectare : l’orateur cherche à se concilier la bienveillance de l’auditoire, à lui plaire, à le charmer ;

3. Mouere : l’orateur cherche à émouvoir l’auditoire, à le ravir. ­

 

2) Les genres oratoires

­ Cicéron reprend la distinction traditionnelle en trois genres oratoires. ­ Le genre judiciaire correspond aux plaidoyers devant les tribunaux et aux procès civils se déroulant au forum. ­ Le genre délibératif concerne les affaires publiques. Il s’agit de faire prévaloir un point de vue ou orienter l’opinion devant une assemblée délibérante. Il s’agit de conseiller ou de déconseiller tout en examinant ce qui est possible ou impossible. ­ Le genre épidictique ou démonstratif est réservé aux éloges funèbres prononcés par un membre de la famille lors de funérailles aristocratiques.

 

II. Les parties de la rhétorique

­ Selon Cicéron, les parties de la technique rhétorique viennent des trois tâches de l’orateur : quoi dire, dans quel ordre, de quelle façon (L’orateur, XIV, 43). ­ Cicéron ajoute que l’orateur doit également faire un effort de mémoire et qu’il doit « jouer » son discours par la voix et les gestes.

1) L’invention

­ Il s’agit de trouver ce qu’on dira et de décider de ce qu’on dira (L’orateur, XIV, 44) ; l’invention fait appel à la connaissance des lieux d’argumentation et des raisonnements, et renvoie à la THÈSE

2) La disposition C’est la manière de traiter les idées (L’orateur, XXXV, 122) ;

­ Cicéron distingue quatre parties du discours :

      1. Introduction par un exorde (exordium) pour capter l’attention des juges (captatio benevolentiae)

      2. Exposition des faits (narration)

      3. Argumentation (confirmation)

      4. conclusion (peroraison)

3) L’élocution

­ Selon l’auteur, c’est la partie qui a le plus d’importance et qui requiert le plus de travail et d’art. ­ C’est la rédaction du discours. L'élocution repose sur deux éléments : le style d'une part et les figures de rhétorique d'autre part. Cicéron énonce quatre qualités du style : correction, clarté, élégance, et convenance. Il ne traite pas des deux premières qualités qu’il est facile d’acquérir, indispensable de posséder. Il précise tout de même les moyens de s’exprimer avec clarté :

4) La memoria :  il s’agit du travail de mémorisation du discours.

5) L’action : elle correspond à la maîtrise des techniques oratoires en public : diction, gestes, timbre de voix, regards...

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Les trois registres de la persuasion selon Aristote

Ethos/Pathos/Logos

"Quand nous posséderions la science la plus exacte, il est certains hommes qu'il ne nous serait pas facile de persuader en puisant notre discours à cette seule source; le discours selon la science appartient à l'enseignement, et il est impossible de l'employer ici, où les preuves et les discours doivent nécessairement en passer par les notions communes." Aristote, La rhétorique

 

L’un des objectifs de la prise de parole en public est de persuader l'auditoire. Il y a trois registres de persuasion définis par Aristote et toujours d'actualité: l’Ethos, le Pathos et le Logos.

Ethos (crédibilité): Il s’agit ici des moyens de persuasion résultant de la personnalité de l’orateur. On a tendance à croire les gens que l’on respecte. Un des problèmes central lorsque l’on s’exprime en public est de projeter l’impression que l’on est quelqu’un qui vaut la peine d’être écouté. En d’autres termes, faire en sorte de devenir une autorité incontestée sur le sujet défendu à l’oral, tout en incarnant une personne agréable et digne de respect.

Pathos (émotionnel) : Moyen visant à persuader un public en faisant appel aux émotions. Il s’agit ici de solliciter la sympathie et l’imaginaire de l'auditoire. Utiliser le pathos n’engage pas uniquement l’émotionnel de l’auditoire mais permet aussi au public de s’identifier aux arguments de l’orateur. Les auditeurs perçoivent ce que l’orateur ressent. Le pathos est en ce sens la capacité à faire ressentir une émotion imaginaire à l’auditoire. La manière la plus commune d’y parvenir est d’utiliser la narration ou de raconter une histoire qui modifie la logique rationnelle en un objet palpable et présent. Les valeurs, les croyances et les idées de l’orateur sont intégrées à l’histoire et absorbées par l’auditoire à travers l’imaginaire de la narration.

Logos (logique) : C’est la persuasion par le raisonnement. Il s’agit ici de la clarté du message, la logique du raisonnement tout autant que l’effectivité et la justesse des exemples utilisés. la logique se déploie dans l'argumentation et la réfutation.