Le XIXe siècle

1. L’héritage du XVIIIe siècle

a. Les grands bouleversements du XVIII e siècle

Les dramaturges du XVIIIe siècle ont mis à mal les règles classiques. Beaumarchais et Marivaux en tête, ils se sont émancipés des contraintes formelles et théoriques, notamment les règles des trois unités (temps / lieu / action).

La comédie de mœurs a transgressé la séparation séculaire entre comédie et tragédie : personnages nobles et non nobles se côtoient, et osent parfois s’aimer !

La commedia dell’arte a largement contribué au renouvellement du théâtre en offrant d’autres types de personnages (comme Arlequin) à la plume des dramaturges.

b. Les contraintes

Malgré les promesses de liberté de l’après-Révolution Française, de nouvelles contraintes vont régir les arts sous Napoléon puis Louis-Philippe. La censure va peser encore toute la première moitié du XIX e siècle et les privilèges régissent encore la réussite des salles de spectacle.

Dans une période historique bouleversée, les spectateurs boudent les salles prestigieuses comme l’Odéon ou encore le Théâtre-Français et se tournent davantage vers le théâtre de boulevard.

c. Le mélodrame, à la frontière des deux siècles

C’est là que l’on joue le mélodrame, genre apparu à la fin du XVIII e siècle. Inspiré d’abord des pantomimes et de l’opéra-comique, il est surtout défendu par Guilbert de Pixérécourt qui en écrira plus d’une centaine (Victor ou l’enfant de la forêt, 1799...).

Ce genre vise surtout un public populaire et ne s’embarrasse pas de psychologie : il privilégie les sentiments simples, joue la carte de la vérité historique et alterne entre pathétique et bouffonnerie sans finesse aucune.

Charles Nodier y voit « le tableau véritable du monde et la seule tragédie populaire qui convienne à l’époque ». Bien que genre médiocre, le mélodrame marque le passage entre deux siècles et surtout annonce le virage vers le drame romantique.

2. Le renouvellement des genres

a. La tragédie : survie ou renouvellement ?

La tragédie a certes quelque peu disparu durant le XVIII e siècle malgré les tentatives de Voltaire ou Crébillon mais elle demeure un modèle.

Sous l’Empire et la Restauration, elle va connaître quelques défenseurs qui vont tenter de lui rendre ses lettres de noblesse en adaptant quelque peu la forme à l’époque : les règles sont moins strictement suivies, on recourt à des personnages populaires et on introduit le Moyen Âge et la Renaissance. Mais ces tentatives, dont celles de Casimir Delavigne (auteur des Vêpres Siciliennes, 1819), s’avèrent infructueuses. Le drame effacera la renaissance du genre tragique.

Stendhal dira d’ailleurs que le Romantisme appliqué au genre tragique, « c’est une tragédie en prose qui dure plusieurs mois et se passe en divers lieux ». Peut-être aurait-il fallu ces bouleversements pour que la tragédie résiste au drame ?

b. Un nouveau genre : le drame

Le drame connaît probablement une naissance originale en ce qu’il est d’abord théorisé avant même d’apparaître réellement. Les théoriciens vont s’intéresser de très près à Shakespeare et aux dramaturges allemands (dont Schiller).

Stendhal ouvre le premier le feu avec son Racine et Shakespeare (1823 – 1825) dans lequel il souligne avant tout la nécessité qu’a l’œuvre dramatique de plaire au public contemporain. Le Romantisme est d’ailleurs pour lui défini comme « l’art de présenter au peuple les œuvres littéraires qui, dans l’état actuel de leurs habitudes et de leurs croyances, sont susceptibles de leur donner le plus grand plaisir possible ».

Prosper Mérimée et Alexandre Dumas donneront bien vite une illustration du drame romantique, mais c’est surtout Victor Hugo et sa célèbre Préface à Cromwell qui posera en 1827 les règles du drame romantique.

Selon Victor Hugo, donc, le drame doit unir les contraires car la muse moderne « se mettra à faire comme la nature, à mêler dans ses créations, sans pourtant les confondre, l’ombre à la lumière, le grotesque au sublime, en d’autres termes, le corps à l’âme, la bête à l’esprit. » Le drame emprunte à la fois à la comédie et à la tragédie, et offre une peinture plus complète des individus et des sentiments.

Le drame doit aussi se défaire des règles de lieu et de temps : « L’action, encadrée de force dans les vingt-quatre heures, est aussi ridicule qu’encadrée dans le vestibule ». L’unité d’action, bien qu’assouplie en « une unité d’ensemble » est cependant tolérée car « l’œil ni l’esprit humain ne sauraient saisir plus d’un ensemble à la fois ».

Le drame a une fonction morale et politique, comme le souligne Victor Hugo dans sa préface de Lucrèce Borgia : Il (le dramaturge) sait que le drame, sans sortir des limites imparties de l'art, a une mission nationale, une mission humaine (...). Il ne faut pas confondre que la multitude sorte du théâtre sans emporter avec elle quelque moralité austère et profonde.

c. Le vaudeville ou l’ère du divertissement

Le théâtre purement comique n’est pas définitivement enterré par l’avènement du drame romantique, mais il perdure sous la forme de deux sous-genres : la comédie de mœurs qui peint la société bourgeoise et est illustrée par Picard, et le vaudeville comme le pratique Scribe, soit en maniant les coups de théâtre avec dextérité. Dans la deuxième moitié du XIX e siècle, Labiche donnera à ce genre ses spécimen les plus remarquables et encore beaucoup joués de nos jours.

3. Textes et auteurs de théâtre fondamentaux

a. Alfred de Vigny

Alfred de Vigny fait partie de ceux qui assurèrent la promotion de Shakespeare en France au XIXe siècle puisqu’il adapta plusieurs de ses pièces dont Othello. Ses propres pièces ne rencontrèrent pas le succès, excepté Chatterton (1835).

Drame en trois actes et en prose, il est en fait tiré d’une nouvelle écrite par Vigny lui-même en 1832 et met en scène un jeune poète confronté à la misère comme beaucoup d’autres à cette époque. Le poète alors, pour survivre, devait abandonner son art ou bien trouver un protecteur financier.

A la couleur historique de ce drame s’ajoute un amour impossible entre le héros et une femme mariée. Le drame ici semble emprunter quelque peu à la tragédie classique, même si la forme s’en défend.

b. Victor Hugo

Impossible d’aborder le théâtre au XIX e siècle sans connaître l’importance de Victor Hugo dans le domaine artistique entre autres.

Victor Hugo utilise aussi bien les vers que la prose dans ses drames, les personnages sont souvent traités avec profondeur (parfois jusqu’à l’extrême de la longue tirade passionnée) et confinent souvent au type (celui qui est clairement mauvais comme Don Salluste dans Ruy Blas, celui qui arrachera des larmes de compassion au public...).

Il est souhaitable de connaître Hernani, ne serait-ce que pour son importance dans l’histoire du théâtre français (lire acte III, scène 4 : « Je suis une force qui va ! »). Drame novateur par le ton, les personnages et la versification, il a fait souffler dans les milieux littéraires un vent violent de rébellion et a soulevé la jeunesse romantique à laquelle appartenaient Nerval, Gautier.

Ruy Blas offre quant à lui la parfaite illustration du drame romantique, mélangeant les genres, passant du grotesque au sublime, du comique au tragique. Les personnages sont autant de déclinaisons de la psychologie humaine

Hernani de Victor Hugo

c. Alfred de Musset

Les débuts de Musset dans le genre dramatique n’ont pas été aussi faciles qu’en poésie. Cependant, il nous a laissé Lorenzaccio, drame romantique par excellence puisque le plus conforme aux préceptes de Stendhal (Racine et Shakespeare). Les passions tumultueuses (pouvoir, vengeance, amour) s’inscrivent dans un drame historique (Florence au XVI e siècle) aux 39 tableaux, aux personnages nombreux et variés qui donnent à l’ensemble l’impression de vérité si chère aux esprits novateurs du XIX e siècle.

Musset a connu davantage de succès dans le domaine de la comédie avec Les Caprices de Marianne, On ne badine pas avec l’amour, Fantasio... où son style alterne entre conversations sous l’alcôve, parfois teintées de gravité, et badinage entre des personnages variés et subtils.

L'essentiel

Le XIX e est un siècle charnière en matière de littérature et le théâtre connaît à cette époque des modifications profondes et novatrices, grâce à quelques grandes figures comme Stendhal et Victor Hugo. Des œuvres telles que Lorenzaccio ou Ruy Blas sont incontournables pour bien saisir l’esprit de renouveau qui enflamme la jeunesse romantique.

 

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