Vocabulaire de la poésie

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LA VERSIFICATION

 

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,

Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,

Par delà le soleil, par delà les ésthers,

Par delà les confins des sphères étoilées,

 

Mon esprit, tu te meus avec agilité,

Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,

Tu sillonnes gayement l'immensité profonde

Avec une indicible et mâle volupté.

 

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;

Va te purifier dans l'air supérieur,

Et bois, comme une pure et divine liqueur,

Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

 

Derrière les ennuis et les vastes chagrins

Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,

Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse

S'élancer vers les champs lumineux et sereins ;

 

Celui dont les pensers, comme des alouettes,

Vers les cieux le matin prennent un libre essor,

- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort

Le langage des fleurs et des choses muettes !

Charles BAUDELAIRE, Les fleurs du mal, Élévation

 

a. La métrique 

Pour mesurer la longueur du vers, on compte de syllabes prononcées –le mètre- en tenant compte de trois particularités :

  • Le e muet : Le –e- ne se prononce que s’il est suivi d’une consonne. Il ne se prononce donc pas devant une voyelle et en fin de vers.

« J’ai rêvé dans la grott(e) où nage la sirèn(e) »[El desdichado », Nerval]

  •  La diérèse : Elle permet de prononcer séparément deux sons habituellement groupés, pour respecter le mètre du poème.

Ex : Li/on au lieu de Lion.

« Les sanglots longs/ Des violons / De l’automne » [« Chanson d’automne », Verlaine]

La diérèse est un procédé de mise en relief visant à attirer l’attention du lecteur sur un mot important.

  •  La synérèse : elle permet au contraire de prononcer en une seule syllabe deux sons habituellement prononcés de manière séparée.

C’est le procédé inverse de la diérèse.

Ex : Hier (en une syllabe) au lieu de hi/er.

 

b. Les types de vers 

    Vers impairs     Vers pairs
 1-monosyllabe   2-dissyllabe
 3-trisyllabe  4-tétrasyllabe
 5-pentasyllabe  6-hexasyllabe
 7-heptasyllabe  8-octosyllabe
 9-ennéasyllabe  10-décasyllabe
 11-endécasyllabe  12-alexandrin

 

Le vers libre = en poésie classique, suite de vers réguliers disposés librement (par exemple, dans les Fables de la Fontaine). Depuis la fin du XIXème Siècle ; vers irréguliers n’obéissant à aucune contrainte : ni accent fixe, ni rimes obligatoires.

 

c. La rime 

Le poète répète le même son à la fin du vers : c’est la rime. Elle marque le rythme du poème et associe le sens du mot et leurs sonorités.

  • Le genre de la rime : La versification impose l’alternance de la rime féminine, qui se termine par un e muet (aile éternelle-joues/loue) et de la rime masculine (toutes les autres rimes : îlots/flots).
  •  
  •  La qualité de la rime dépend du nombre de sons communs et on distingue :

- la rime pauvre (un seul son commun : lit/nid) ;-

- la rime suffisante (deus sons communs : merci/souci) ;

- la rime riche (plus de deux sons communs : Pari/mari) ;

- la rime "léonine" (quatre sons ou plus…..ensemble/ressemble).

 

  •  La disposition des rimes 
type de rime  Structure  Exemple
Rimes plates ou suivies  AA BB Sève/rêve/voix/bois
Rimes croisées  AB AB Moqueur/rose/cœur/morose
Rimes embrassées AB BA   Lui/livre/givre/fui

 

  • Poème à forme fixe, le sonnet a été particulièrement illustré au XIVème Siècle en Italie par Pétrarque et largement pratiqué de XIVème siècle en France par les poètes de la Pléïade. Après avoir connu un certain déclin au XVIIème Siècle, il a été repris par les poètes du XIXème Siècle, en particulier par Baudelaire dans « les Fleurs du mal » (1857).
  • Les 14 vers du sonnet sont répartis en 2 quatrains (qui forment un huitain) et 2 tercets (qui forment un sizain). Ils reposent sur 5 rimes, qui suivent les schémas suivants :

- ABBA/ABBA/CCD/EDE : type développé par Ronsard (sonnet « italien ») ;

- ABBA/ABBA/CCD/EDE : type plus répandu dans la poésie du XIXème siècle (sonnet « français »).

Le sonnet est surtout écrit en décasyllabes est en alexandrins.

 

d. La strophe 

  •  2 vers : distique
  •  3 vers : tercet
  •  4 vers : quatrain
  •  5 vers : quintil
  •  6 vers : sizain
  •  8 vers : huitain
  •  9 vers : neuvain
  •  10 vers : dizain

 

e. Le rythme de la poésie

  • Les coupes 

Le vers comporte des pauses, appelés coupes. La coupe se situe après chaque syllabe accentuée.

Le vers long comporte souvent plusieurs coupes : La plus importante, placée au milieu du vers, est appelée césure. Dans la poésie, la césure coupe l’alexandrin ou le décasyllabe en deux parties égales, appelés hémistiches.

«Hâtez-vous lentement ;

et, sans perdre courage

Vingt fois sur le métier

remettez votre ouvrage »

Art poétique, Boileau

Ici un alexandrin avec césure à l’hémistiche c’est-à-dire après la sixième syllabe.

 

  • Les faits de discordance 

- L’enjambement : quand une phrase se poursuit sans pause au vers suivant et de façon importante.

La fin du vers et de la phrase ne coïncide pas et la phrase déborde sur le vers suivant.

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.

 

A peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d'eux.

 

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !

L'un agace son bec avec un brûle-gueule,

L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

 

Le Poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

Charles BAUDELAIRE, Les fleurs du mal, l'Albatros

  • Le rejet : quand une phrase ou une proposition s’achève, non à la rime, mais au début du vers suivant, il y a rejet. Le vers ne se poursuit que par un ou deux mots.

L'homme pâle, le long des pelouses fleuries,

Chemine, en habit noir, et le cigare aux dents :

L'Homme pâle repense aux fleurs des Tuileries

- Et parfois son oeil terne a des regards ardents...

 

Car l'Empereur est soûl de ses vingt ans d'orgie !

Il s'était dit : " Je vais souffler la liberté

Bien délicatement, ainsi qu'une bougie ! "

La liberté revit ! Il se sent éreinté !

 

Il est pris. - Oh ! quel nom sur ses lèvres muettes

Tressaille ? Quel regret implacable le mord ?

On ne le saura pas. L'Empereur a l'oeil mort.

 

Il repense peut-être au Compère en lunettes...

- Et regarde filer de son cigare en feu,

Comme aux soirs de Saint-Cloud, un fin nuage bleu.

 Arthur Rimbaud, rages de Césars

"Tressaille" : devrait appartenir au vers précédent mais est rejeté au vers suivant.

 

  • Le contre-rejet : Quand une phrase ou une proposition grammaticale commence à la fin d’un vers pour se prolonger au vers suivant, on parle de contre-rejet. Souvent, le début de la proposition est mis en relief.

Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L'automne

Faisait voler la grive à travers l'air atone,

Et le soleil dardait un rayon monotone

Sur le bois jaunissant où la bise détone.

 

Nous étions seul à seule et marchions en rêvant,

Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent.

Soudain, tournant vers moi son regard émouvant

" Quel fut ton plus beau jour? " fit sa voix d'or vivant,

 

Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique.

Un sourire discret lui donna la réplique,

Et je baisai sa main blanche, dévotement.

 

- Ah ! les premières fleurs, qu'elles sont parfumées !

Et qu'il bruit avec un murmure charmant

Le premier oui qui sort de lèvres bien-aimées !

Paul Verlaine, Nevermore

"Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L’automne" (contre-rejet).

"Automne" devrait appartenir au vers suivant : "Faisait voler la grive à travers l’air atone." mais il est contre-rejeté au vers précédent."

 Le rejet et le contre-rejet sont des procédés de mise en relief visant à attirer l’attention du lecteur sur un mot.

 

  • Respecter les liaisons 

- Les liaisons en [z] : les plus fréquentes (environ 60% des cas) ; elles portent sur des mots se terminant par s, x ou z (pas encore).

- Les liaisons en [t] : environ 25% des cas ; elles portent sur des mots se terminant par t ou d (partout ailleurs).

- Les liaisons en [n], [r] ou [p] : les plus rares (seulement 5% des cas) ; elles portent sur des mots se terminant par n, r ou p (il l’a beaucoup aimée).

- Les hiatus (rencontre entre deux sons voyelles) sont, en principe, évités par la poésie classique. Ils peuvent être recherchés par la poésie moderne.

La lecture d’un poème à l’oral doit respecter les liaisons et ils convient de tenir compte des synérèses et de ne pas prononcer le e-muet.

 

  • Exceptions

Le problème réside principalement dans trois questions :
a- Une syllabe féminine compte-t-elle toujours pour une syllabe ?
b- Comment se comportent le h (aspiré ou muet) le y et le u en début de mot ?
c- N'importe quelle syllabe ne compte-t-elle que pour une seule syllabe ?

1-Si le vers se termine par une syllabe féminine avec -E, -ES, -ENT précédée d'une consonne, elle ne compte pas.

En fin de vers, les deux syllabes finales (en rouge) comptent pour une seule syllabe féminine.

libertine  (3 syllabes) li-ber-tine

mappemonde (3) ma-ppe-monde

époustouflante (4) é-pous-tou-flante

constitutionnelle (5) cons-ti-tu-tion-nelle

2-Une syllabe composée d'une consonne + -E, suivie d'un mot qui commence par une voyelle, se lie avec la syllabe suivante. Il y a enchaînement. Ces deux syllabes comptent pour une seule syllabe. 

la source enchantée, en tout, 5 syllabes la-sour-cen-chan-tée

la muse éplorée, 5 syllabes la-mu-zé-plo-rée

 

3-À l'intérieur du vers, une syllabe composée d'une consonne + -E, suivie d'un mot commençant par une consonne ou un h aspiré, compte pour une syllabe.

la source glacée, 5 syllabes la-sour-ce-gla-cée

la muse revenue, 6 syllabes la-mu-se-re-ve-nue

une parole honteuse u-ne-pa-ro-le-hon-teu-se 8 syllabes (le h est aspiré et se comporte comme une consonne, la honte)

Mais on aura :

une parole horrible u-ne-pa-ro-lo-rri-ble 7 syllabes (le h muet se comporte comme s'il n'existait pas, l'horreur, l'horrible)

 

 

Exercice d'entraînement 

Lisez à haute voix et comptez avec les doigts (c'est + pratique)

Le signe ~ indique les liaisons et les enchaînements. 
 

Quand à longs traits je bois l'amoureuse étincelle

Ronsard

 Quan

 d~à

 longs

 traits

 je

 bois

 l'a

 mou

 reu

 se~é

 tin

 celle

 1  

4   

6  

8  

9  

10  

11 

12

 

Le vers est un alexandrin, celle compte pour une seule syllabe.

 

 

Comme un ange qui se dévoile


Hugo

 Com

 me~un

 n~an

 ge

 qui

 se

 dé

 voile

1

2

3

4

5

6

7

8

 

Le vers est un octosyllabe,  ge, suivi d'une consonne, compte pour une syllabe, voile compte pour une syllabe.

 

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